plats

l’habit ferait-il le moine ?

Question existentielle s’il en est, après les classiques « qui suis-je », « où cours-je », etc.
L’habit ferait-il le moine ?
La présentation, le paraître compteraient-ils plus que le contenu, l’être ?

Allez, une petite démo pour rire :

Découverte de penne de printemps « alla arabiata »,
coiffure de larmes de mozzarella poudrées de parmesan

Voici comment on apporte le plat sur table (ou dans les assiettes si on possède ce plat en taille « portion individuelle »), en nommant le plat (oui c’est long, pompeux, descriptif sans l’être totalement non plus) pour éveiller notre imagination :

Puis on entrouvre le couvercle : on découvre avec lez yeux puis le nez, explosion de 2 de nos sens,

et enfin on peut goûter, la découverte finale. Fin du rêve anticipatif, début du retrait en soi, recherche des souvenirs et des analogies, retour au présent concret, ça brûle, ça pique !

Savez-vous ce qu’il y a dans ce plat ?
Un reste de penne déjà cuites, un fond de pot de sauce arabiata Auchan, une boule de mozza déchirée par dessus, un peu de parmesan râpé par dessus, le tout gratiné au four.
Quand on sait ça, on a un peu l’impression de s’être fait berner, non ?
Et le plat y est pour beaucoup, il ajoute au look ! Dans un simple plat en pyrex, le résultat serait sans doute moins élégant… En serait-il pour cela meilleur ou au contraire moins bon ?

J’ai eu un jour une belle discussion avec FF2 et son amie d’enfance, étudiante (avec succès !) en management hôtellerie restauration. Le sujet : les titres ronflants et à rallonge des plats sur les menus des restaurants. Ce fut la grande mode il y a quelques années et aujourd’hui les titres, s’ils sont tout aussi longs, sont moins ronflants et nettement plus descriptifs, parfois jusqu’à donner le nom du producteur de l’huile, des petits pois, utilisés dans ce plat.

Mais comment réagissons-nous à ces longueurs de texte ?

Pour certains, le titre est plein de poésie car le plat doit nous faire rêver, nous entrainer au pays des 1001 nuits de la gastronomie, à nous les bateaux, les voiles, les images colorées et parfumées, parfois si poussées qu’on n’a aucune idée de ce qui va arriver dans notre assiette mais qui nous laissent plein(e) d’anticipation, d’excitation et de frémissements, ce sont les préliminaires au repas… C’est au client de demander des explications au serveur, ouvrant ainsi une communication entre 2 personnes censées être passionnées… ou pas ! Les plus beaux exemples de ces titres, vous les trouvez encore dans le dîner presque parfait… Mais bon, il est vrai que le langage utilisé est comme une langue à part, codée et donc déchiffrable avec un peu d’habitude et d’immersion dans le pays des restaurants. De là à en déduire qu’il y a les initiés et les autres… Mais bon, j’ai l’impression que ce style se pratique de moins en moins, et peut-être me trompé-je…

Pour d’autres, si on ne sait pas ce qu’on va avoir dans son assiette, on peut se planter complètement dans son choix, prendre un truc qu’on n’aime pas, voire qu’on digère très mal : le rêve, c’est bien, mais il y a des limites ! « Un peu de poésie ne nuit pas, mais restons les pieds sur terre » semble être le plus important. Un exemple ? Voilà, j’ouvre le Thuries d’avril 2011 : Turbot cuit au beurre mousseux, cannelloni exotiques et ormeaux à la thaïlandaise. On sait de quoi il retourne, mais pas tout à fait… On peut encore imaginer, supputer, rêver, quoi !Et passer son chemin si on n’aime pas les épices thaï… Mais qu’imagine-t-on, finalement ? Turbot, ormeaux, jusque là rien que du concret sur les ingrédients. Cuisson au beurre mousseux, là aussi, assez concret. Les ormeaux sont à la thaï… Ça se complique… Petite sauce, petit bouillon citronnelle gingembre basilic thaï ou coriandre ? Bon. Mais le cannelloni exotique, alors là, flou artistique ! Est-ce qu’on va avoir un cannelloni en pâte à nouille, une « pasta » ? Ou est-ce qu’on va avoir des lamelles de fruits exotique, mangue par exemple, roulée en cannelloni, renfermant une petite brunoise bien savoureuse et parfumée ? Je dois quitter la table des matières du Thuries pour aller voir ce qu’il en est…

Et puis il y a aussi les menus d’une exactitude ultra poussée… la pièce de boeuf de Mr Machin, réduction de je ne sais quoi… Je vais bien en trouver un exemple quelque part… Tiens, dans le Thuries de Juin 2011, une recette que j’ai justement reprise dans ma cuisine : Saint-Pierre : levé en filet, feuille de nori sur une face, jus thaï et légumes croquants de monsieur Cramaix. Bon. Ça coupe un peu le rêve, non ? Et pourtant, ça a l’immense intérêt de reconnaître le talent d’un producteur, de valoriser son travail, d’établir une collaboration transparente avec ses fournisseurs. Pour rapprocher ce titre du cas n°2, on aurait pu imaginer que le titre pourrait être : filet de saint pierre sur feuille de nori, jus thaï et légumes croquants. Quel effet cela vous fait-il ? Avez-vous l’impression que le st pierre sera meilleur ou moins bon sous cette nouvelle appellation ?

Et vous, que pensez-vous lorsque vous découvrez la carte d’un restaurant ?
Quel est votre type de nomenclature préféré ?

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8 réflexions au sujet de « l’habit ferait-il le moine ? »

  1. Oh que ton article me plait!!!
    je suis justement en pleine « prise de conscience » .. il n’y pas que les restaurants…Sur la toile aussi …

    On nous fait prendre aussi du lard pour du cochon… comme on dit…
    j’ai eu l’occasion de tester des recettes tirées de blogs ou de magazines. recettes choisies aussi par rapport au visuel….l’emballage serait il plus beau que le contenu???
    Grosse déception… c’est là, que mon  » cas de conscience » intervient !!! Suis je si mauvaise cuisinière que cela???? Pour trouver inssipide telle ou telle recette dont le visuel a émerveillé toute la blogo???

    Tu me diras !! je n’ai vu nul part écrit « recette dégueu » à ne pas faire … c’est tant pis pour moi …
    Alors que bien souvent en lisant les ingrédients .. on devrait déja savoir un peu a quoi s’en tenir…
    j’ai donc décidé de ne plus publier que les recettes qui m’ont émerveillées gustativement parlant..

    Pour ce qui est des restos .. je n’y vais que très rarement, mon mari n’aime pas manger … et oui cela existe …donc, comme je n’y vais pas seule, j’ai beaucoup de mal a donner mon avis …

  2. Mon cas est un peu particuliers puisque ma culture « nouvelle cuisine » se limite a ce que je lis sur le Net…ici, en Grece, je ne suis jamais allee dans un resto gastronomique et l’equivalent du diner presque parfait qu’on a nous aussi, n’a rien de gastro non plus!!
    Ici, on est encore dans la parfaite simplicite des plats et rien dans les titres des plats (au resto ou chez soit) de pompeux……..du concret, du tout bete…..et en meme temps, ca n’empeche pas de se regaler!
    Mais je comprends parfaitement qu’en France on soit toujours a la recherche de nouveautes, soit dans les ingredients, soit dans la preparation des plats, et jusque dans leur intitule! C’est ca qui fait le charme de la France!
    Tes pennes de printemps en cocotte (ou pas) me font autant saliver (sinon plus) que s’ils avaient ete « destructures, servis avec une emulsion de truc bidule chose »……..ou autres!

    1. Merci Cathy de prendre la suite pour le débat. Une idée qui vient s’ajouter : cet état de fait serait-il typiquement français ?
      Qui habite à l’étranger et a son avis sur la question ?

  3. Voilà c’est pour tout cela que je passe pour une emmerdeuse quand je vais au restaurant. Je demande ce qui se cache derrière les intitulés car je déteste jouer aux devinettes avec mon assiette.
    Et quand le serveur est incapable de me répondre …ça craint.

    1. @Cath.woman : hi hi, moi pareil ! A tout moment d’ailleurs, quand le serveur ne sait pas répondre ça craint… il m’arrive souvent de demander comment est fait tel jus ou telle sauce (souvent ce n’est pas indiqué sur la carte malgré tous les détails) et une fois un serveur est revenu en me disant que c’était un jus de volaille, pour ma plus grande surprise car ça ne pouvait pas être ça, alors respect au chef qui arrivait à faire des jus de volaille aussi corsés, et quand le chef est passé entre les tables pour voir tout le monde, je lui ai demandé directement… C’était le jus d’une daube de boeuf !!!!! mdr !

  4. Belle préparation…j’adore ton blog plein de belles idées, d’ailleurs je viens de m’inscrire à ta news, si tu veux faire de même, c’est avec plaisir, bisous!

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